Ou s'arrêtera l'étalement urbain ?

publié le 31-01-2018 par admin -

Année après année la campagne, et avec elle la terre, disparaît sous la ville. "La tentation du bitume", ouvrage essentiel et plaisant, coécrit par un expert en urbanisme et un journaliste, explique le phénomène et propose des solutions de façon éclatante.

Etalement urbain exacerbé par le désir de la maison individuelleLes égoïsmes locaux, le bonheur individuel, les tentations des élus, les travers des aménageurs, l'appât de gains faciles, font que la terre fertile se raréfie, les espaces naturels se morcellent, la ville s’éparpille et se cloisonne, l’automobile s’impose comme unique lien social. Pourtant disent les auteurs de "La tentation du Bitume", on pourrait faire différemment : densifier et vitaliser la ville existante ; prendre les décisions au bon niveau et en réfléchissant à l’avenir ; résister au tout-parking ; améliorer la qualité de vie sans gaspiller le territoire.

Les auteurs brossent un tableau vivant et sans concession de la bataille inégale qui se livre entre la soif de bitume et les rares garde-fous susceptibles de contrer le phénomène. Tout est-il perdu ?"Peut-être pas" répondent-ils avec l'espoir que les crises et les défis planétaires gigantesques auxquels nous faisons face provoquent un sursaut brutal mais inespéré. Le livre est un "must" pour qui s'intéresse à l'urbanisme et au développement durable. Lecture obligatoire pour tous les élus locaux.

Doit-on interdire toute nouvelle zone constructible ?

Extraits de l'ouvrage avec l'aimable autorisation de l'éditeur.

"Doit-on interdire toute nouvelle zone constructible, voire rendre certains territoires artificialisés à la nature ? Faut-il, à l’inverse, se contenter de ralentir légèrement le rythme de l’étalement urbain ? Dans quelle proportion ? L’objectif n’est pas facile à fixer, varie d’une région à l’autre, et implique à chaque fois une réflexion collective sur la qualité de vie et le développement économique. Les solutions, tantôt utopiques, tantôt minimalistes, la plupart du temps judicieuses et réalisables, ne s’appliquent pas partout, ni tout le temps.


Certaines propositions ont déjà été tentées et peuvent être généralisées ou déclinées selon les situations ; d’autres restent à creuser. Mais toutes constituent des pistes sérieuses et des exemples à suivre. Limiter l’étalement urbain nécessite en tous cas des choix clairs, en particulier un mélange subtil d’optimisation mathématique de l’espace et d’amélioration de la vie urbaine. On freinera ainsi la consommation d’espace par habitant, tout en aérant la ville existante, pour la rendre plus agréable. On construira des quartiers plus denses, tout en renouvelant le tissu urbain existant et en améliorant l’habitat. Ces opérations seraient vouées à l’échec si elles n’étaient accompagnées d’une réduction massive de la place accordée à la voiture et d’une réorganisation des pouvoirs locaux." [...]

Et les auteurs, exemples à l'appui, de proposer des directions : superposer les usages (empiler bureaux, parkings, hangars et usine), recycler le territoire (exactement comme on recycle du verre ou du papier), rafraîchir la ville en renonçant aux zonages, améliorer l'habitat collectif pour le rendre plus désirable, redonner l'initiative aux citoyens et les rendre acteurs de leurs projets immobiliers plutôt qu'acheteurs de programmes standardisés, diminuer la taille des jardins et s'inspirer par exemple des médinas du sud de la Méditérannée, favoriser les parcs urbains, ajouter un étage, laisser la place à l'agriculture dans la cité, et - essentiel - couper le moteur.

Changer d'échelles?

Les auteurs suggèrent de changer l'échelle des plans d'aménagement, en fusionnant les communes, en supprimant le département, et de moins nous prêter aux querelles de clochers en transférant la compétence de l'urbanisme à des échelons supérieurs.

Sans prendre de positions définitives ils parviennent à amener le lecteur à d'autres mécanismes de pensées, ou même tout simplement à se remettre à penser, à explorer de nouvelles voies, à prendre de la hauteur et à inventer un "vivre ensemble" plus heureux sans pour autant verser dans l'utopie. Avec, en prime, une belle écriture et une belle édition.

La tentation du bitume. Où s'arrêtera l'étalement urbain ?
Auteurs : Eric Hamelin et Olivier Razemon
Editeur : Rue de l'échiquier (19 janvier 2012)
Collection : Les Petits Ruisseaux
224 pages -  14,00 euros TTC

Les auteurs

  • Eric Hamelin, sociologue urbaniste, est responsable du bureau d’étude Repérage Urbain. Il conçoit des projets d’urbanisme en collaboration avec des équipes pluridisciplinaires, tout en faisant systématiquement référence au point de vue des utilisateurs. Il mène des études sociologiques auprès des habitants, aussi bien dans les quartiers pavillonnaires, les villes moyennes, les quartiers HLM que dans les centres-villes. Il est professeur associé au département de sociologie de l’Université de Rouen et chargé de cours à l’Institut d’Urbanisme de Paris (Université de Créteil).
  • Olivier Razemon est journaliste free-lance depuis plus de dix ans. Il travaille notamment pour Le Monde et le magazine Géomètre. Voyageur, reporter et observateur du monde d’aujourd’hui, il écrit de nombreux articles sur les transports, l’urbanisme et les modes de vie. Il est aussi le coauteur du livre Les transports, la planète et le citoyen aux éditions Rue de l’échiquier.

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